_________________________________Au fond du vieux refuge
_____________________Au fond du vieux refuge, dans une niche en bois,
_____________________Depuis deux ans je purge d'avoir trop cru en toi.
_____________________Tous les jours je t'attends, certain que tu viendras,
_____________________Tous les soirs je m'endors, sans que tu sois là.
_____________________Pourtant je suis certain, je te reconnaîtrai,
_____________________Viens me tendre une main, je te la lécherai.
_____________________Tu te souviens très bien, quand je sautais sur toi,
_____________________Que tu me caressais, que je dansais de joie.
_____________________Que s'est-il donc passé pour que ce 16 juin,
_____________________Heureux que tu étais, je me rappelle bien,
_____________________Tu sifflais, tu chantais, en bouclant tes valises,
_____________________Que tu m'aies attaché, là, devant cette église.
_____________________Je ne peux comprendre et ne croirai jamais,
_____________________Que toi qui fus si tendre, tu sois aussi mauvais.
_____________________Peut-être es-tu très loin, dans un autre pays,
_____________________Mais quand tu reviendras, moi j'aurai trop vieilli.
_____________________Ton absence me pèse, et les jours sont si longs,
_____________________Mon corps s'épuise, et mon coeur se morfond.
_____________________Je n'ai plus goût à rien, et je deviens si laid,
_____________________Que personne, jamais, ne voudra m'adopter.
_____________________Mais moi je ne veux pas que l'on me trouve un nouveau maître,
_____________________Je montre bien mes dents et je prends un air traître,
_____________________Envers qui veut me prendre, ou bien me caresser,
_____________________Pour toutes illusions, enfin leur enlever.
_____________________Car c'est toi que j'attends, prêt à te pardonner,
_____________________A te combler de joie, du mieux que je pourrai,
_____________________Et je suis sûr, tu vois, qu'ensemble nous saurions,
_____________________Vivre des jours heureux, en réconciliation.
_____________________Pour cela, je suis prêt, à faire de gros efforts,
_____________________A rester près de toi, à veiller quand tu dors,
_____________________Et a me contenter, même si j'ai très faim,
_____________________D'un vulgaire petit os et d'un morceau de pain.
_____________________Je n'ai jamais rien dit lorsque tu m'as frappé,
_____________________Sans aucune raison, quand tu étais énervé.
_____________________Tu avais tous les droits, J'étais a ton service,
_____________________Je t'aimais sans compter, j'acceptais tous tes vices.
_____________________Tu m'as mis a la chaine, ou tu m'as enfermé,
_____________________Tu m'as laissé des jours sans boire et sans manger,
_____________________J'ai dormi bien souvent dans ma niche sans toit,
_____________________Paralysé,raidi, tellement j'avais froid.
_____________________Pourtant si tu reviens, nous partirons ensemble,
_____________________Nous franchirons en choeur, la porte qui ressemble
_____________________A celle d'une prison, que je ne veux plus voir,
_____________________Et dans laquelle, hélas, j'ai broyé tant de noir.
_____________________Voilà, mon rêve se termine, car je vois le gardien,
_____________________Puis l'infirmière, et le vétérinaire plus loin,
_____________________Ils entrent dans l'enclos, et leur visages blêmes,
_____________________En disent long pour nous, sur ce qu'ils nous amènent.
_____________________Je suis heureux, tu vois, car dans quelques instants,
_____________________Je vais tout oublier, et, comme il y a deux ans
_____________________Je m'endormirai sur toi,mon cher et grand ami,
_____________________Je dormirai toujours, grâce à... l'euthanasie.
_____________________Et s'il t'arrive un jour, de repenser a moi,
_____________________Ne verse pas de larmes, ne te prends pas d'émoi,
_____________________Pour toi, j'étais "qu'un chien", tu préferais la mer,
_____________________Tu l'aurais su avant, j'aurais payé moins cher.
_____________________A vous tous les humains, j'adresse une prière,
_____________________Me tuer tout petit, aurait peiné ma mère,
_____________________Mais il eût mieux valu, pour moi, cette manière,
_____________________Et vous n'auriez pas eu, aujourd'hui,à le faire.
_________________________________[Gilbert Dumas]